Soutenance de Masters financés par ARES à l'université d'Abomey-Calavi

Université d'Abomey-Calavi

Dans le cadre du Programme d’Appui Institutionnel ARES-UAC, des étudiants ont été recrutés et accompagnés pour réaliser des travaux de recherche en santé et nutrition des enfants de 0 à 5 ans ainsi que des femmes en âge de procréer en suivant l'approche One Health.

À l’issue de leur recherches, la première vague de ces étudiants arrive à l’étape de la soutenance de leur mémoire de master. Ces travaux constituent une première concrétisation des efforts engagés en matière de formation et de recherche autour de problématiques liées à la santé et à la nutrition.

Nous vous proposons de découvrir les différents travaux présentés lors de ces soutenances.

CARACTÉRISATION MOLÉCULAIRE DES CONTAMINANTS BACTÉRIENS PRÉSENTS DANS LES LÉGUMES ET EAUX D’IRRIGATION A DJOUGOU AU NORD-BENIN

Ce travail est réalisé par Yabo Suzel Anadelle KOUZONDE sous la supervision du professeur Victorien T. DOUGNON.

La sécurité sanitaire des légumes produits en zone urbaine et péri-urbaine constitue un enjeu majeur de santé publique en Afrique subsaharienne, où les pratiques maraîchères sont souvent associées à des risques de contamination microbiologique importants. La présente étude, menée sur les sites maraîchers de Djougou au Nord du Bénin, avait pour objectifs général l’évaluation de la contamination bactériologique le long de la chaîne de production des légumes, dans la zone maraîchère de Djougou, au Nord-Bénin. En effet, une enquête CAP a été réalisé pour se renseigner sur les pratiques d’irrigation. Au total, 33 maraîchers ont été enquêtés et 65 échantillons analysés, répartis entre légumes, eaux d'irrigation et fertilisants. Un dénombrement des germes aérobies mésophiles a été réalisé sur les échantillons puis un ensemencement sur les milieux spécifiques pour la recherche des bactéries. Une diffusion sur gélose a été réalisé sur les souches identifier au Vitek suivi de la détection des gènes de résistance et de virulence des souches présentant un profil de multirésistance. Les résultats de l'enquête CAP révèlent un déficit notable de connaissances (78,8%) sur les risques sanitaires liés à l'irrigation. Les pratiques d'arrosage manuel (97 %) et l'utilisation quasi-systématique de fertilisants organiques non traités (93,9 %) constituent les principaux facteurs de risque identifiés. L'analyse microbiologique a mis en évidence des charges en germes aérobies mésophiles (GAM) élevées dans l'ensemble des matrices, avec des valeurs moyenne dont 1,26×108 UFC/mL dans les eaux d'irrigation, 1,52×108 UFC/g dans les légumes, et 1,27×109 UFC/g dans les fertilisants. L'ensemencement sur milieux sélectifs a permis d'isoler 119 souches à partir des 65 échantillons, parmi lesquelles 26,15 % étaient identifiées comme Escherichia coli et 1,54 % comme Salmonella spp. La caractérisation moléculaire des souches d'E. coli a révélé la présence des gènes de résistance blaCTX-M-15 (23,53 %) et blaTEM (17,65 %), ainsi que la présence du gène de virulence stx-II (70,59 %). La souche unique de Salmonella enterica isolée portait simultanément les gènes de virulence invA et stn. Ces résultats mettent en évidence l'émergence de souches bactériennes combinant résistance aux antibiotiques et fort potentiel de virulence au sein des filières maraîchères de Djougou, et soulignent la nécessité d'interventions urgentes et multisectorielles dans le cadre d'une approche intégrée « Une Seule Santé » (One Health).

Mots clés : Contaminants microbiens, Gènes de résistance, Légumes, Eaux d’irrigation, Djougou

 Pratiques alimentaires locales de lutte contre la malnutrition maternelle et infantile au Bénin : cas de 3 communes de l’ATDA 4

Ce travail est réalisé par Gloria Manuela Olafèmi ABIALA et supervisé par Dr Ir Fernande G. HONFO ZANNOU et Dr Célestin K. C. TCHEKESSI.

Au Bénin, la malnutrition maternelle et infantile demeure un enjeu majeur de santé publique. Face à la dépendance aux produits nutritionnels importés et leurs contraintes logistiques et financières, le recours aux ressources alimentaires locales apparaît comme une alternative prometteuse. L'objectif de cette étude a été d'évaluer les pratiques alimentaires locales de lutte contre la malnutrition maternelle et infantile au Bénin, en explorant le potentiel des ressources alimentaires locales dans trois communes du Pôle de Développement Agricole 4, Copargo, Dassa-Zoumè et Djidja. Une collecte de données a donc été menée auprès de 429 personnes à travers des enquêtes structurées. Les résultats ont montré que les communautés locales utilisent diverses préparations traditionnelles (bouillies enrichies, sauces nutritives, tisanes) pour lutter contre la malnutrition et l'anémie. Les aliments identifiés incluent le niébé, le soja, l'arachide, le egusi, les feuilles de moringa, les fretins, le sorgho et les feuilles de manioc. Cependant, seulement 16,48% et 19,42 % des enquêtées reçoivent respectivement des conseils nutritionnels contre la malnutrition aiguë sévère et l'anémie. L'analyse nutritionnelle a confirmé la complémentarité des aliments locaux. L'arachide et le egusi apportent de l’énergie et des lipides, le soja et le niébé fournissent des protéines de qualité, tandis que le moringa et les fretins sont riches en fer et micronutriments essentiels. L’étude démontre que les cultures locales présentent un potentiel réel pour formuler des Aliments Thérapeutiques Prêts à l’emploi (ATPE) adaptés au contexte béninois, économiquement viables et culturellement acceptables, à condition d'assurer une fortification adéquate en micronutriments et un approvisionnement régulier.

Mots clés : Malnutrition infantile, malnutrition maternelle, ressources alimentaire locales, aliments thérapeutiques, Bénin.

Entre traditions, symboles et contraintes sociales : socio-anthropologie des pratiques alimentaires familiales dans la commune de Djidja

Ce travail est réalisé par Minankponsè Alexandre KPEHOUN sous la supervision du professeur Roch Appolinaire HOUNGNIHIN est soutenu.

La recherche se propose de comprendre comment les représentations sociales et les logiques structurent les pratiques alimentaires des familles dans la Commune de Djidja et aborde notamment le problème de la persistance de l’adoption des pratiques alimentaires populaires au détriment des pratiques alimentaires institutionnelles des enfants. La nature de cette recherche est mixte, combinant approche qualitative et quantitative. Le recours à la recherche documentaire, l’entretien, l’observation et le questionnaire ont permis de faire la collecte des données. Un échantillon de (151) informateurs a été approché à partir des techniques du choix raisonné et aléatoire simple. Au terme de cette recherche, il ressort donc que l’alimentation des enfants de 6 à 59 mois est peu diversifiée, dominée par les aliments énergétiques, avec un faible taux d’intégration des aliments riches en protéines animales, fruits et produits laitiers. Aussi, les perceptions sociales déterminent les pratiques alimentaires des familles et les logiques sociales, les croyances populaires orientent les décisions nutritionnelles des familles ayant au moins un enfant de moins de 5ans dans la commune de Djidja.

Mots clés : Représentation sociale, logique d’action, pratique alimentaire, famille, tradition, symbole, Djidja

 

 

 

NOURRITURE DU QUOTIDIEN : UNE APPROCHE ANTHROPOLOGIQUE DES SAVOIRS ET PRATIQUES ALIMENTAIRES DES FEMMES ET DES EN FANTS DE MOINS DE CINQ DANS LES COMMUNES DE DJIDJA, DASSA ZOUME ET DE COPARGO.

Ce travail est réalisé par monsieur Mohamed N’tcha M’PO sous la supervision du professeur Joseph SAHGUI.

Dans plusieurs contextes au Bénin, l’état nutritionnel des femmes, notamment durant la grossesse et l’allaitement, est fortement influencé par des croyances et pratiques culturelles traditionnelles. Ces dernières imposent des restrictions alimentaires spécifiques, souvent sous forme de tabous, qui viseraient à protéger la mère et l’enfant. Dès lors, il apparaît nécessaire de s’interroger sur les mécanismes par lesquels elles influencent, orientent et parfois contraignent les choix alimentaires des femmes, en dépit des risques sanitaires associés. Ce contexte fonde la présente recherche qui vise à comprendre comment les savoirs locaux, les croyances et les représenta tions sociales interagissent avec le niveau de revenu et le niveau d’instruction dans la construction des pratiques alimentaires des femmes et des enfants de moins de cinq ans dans les communes de Copargo, Dassa-Zoumé et Djidja, emblématiques de la situation qui prévaut au niveau national. Une méthodologie mixte, à la fois qualitative et quantitative, de portée descriptive et analytique, a été adoptée. L’échantillon a été arrêté à 385 personnes pour la composante quantitative et à 85 acteurs pour celle qualitative après l’atteinte du seuil de saturation des informations recueillies. L’analyse des données s’appuie sur la théorie des représentations sociales de S. Moscovici (1961), la théorie des acteurs sociaux de A. Touraine (1984) et la théorie ethnographique de P. Descola (2015). Les résultats révèlent que 91 % des acteurs interrogés détiennent des savoirs et savoir-faire alimentaires transmis oralement, portant notamment sur la préparation de bouillies enrichies dans les trois communes, l’usage de plantes médicinales ainsi que sur des aliments de substitution favorisant la lactation. Ces savoirs coexistent ce pendant avec des interdits alimentaires d’ordre totémique, clanique et religieux : 63,63 % des acteurs interviewés les respectent par crainte d’une maladie, 27,53 % par respect de la coutume et 8,83 % mobilisent un référentiel religieux pour légitimer leurs pratiques, traduisant ainsi l’influence des systèmes de croyances sur les comporte ments. Par ailleurs, 95,32 % des acteurs interrogés reconnaissent un lien direct entre pauvreté et faible diversité alimentaire, tandis que 46,23 % estiment que le niveau d’instruction influence fortement les comportements ali mentaires.

Mots clés : savoirs locaux, niveau d’instruction, habitudes culturelles, pratique alimentaire, Copargo, Dassa Zoumé, Djidja.